BÊAFRÎKA, choisit une décennie de Paix portée par Tous et pour Tous !

 

La décennie 2010 a été une période de chute dans l’abîme de la violence endémique au cours de laquelle la République Centrafricaine a durablement perdu le contrôle de son destin politique, économique et sociale. Le pays reste, malgré les efforts qui demeurent formels, englué dans une crise profonde causée par un rejet viscérale de la démocratie et de la justice.

L’industrie destructrice des groupes armés, essentiellement tournés vers les tueries, assassinats, massacres à des fins de pillages et d’accès compulsif aux privilèges étatiques garantissant la main mise sur les ressources naturelles, engendre dorénavant une nouvelle génération de leadership égocentré sur ses intérêts égoïstes, tyranniques et oppressantes au mépris de la vie des civils innocents sommés d’accepter d’être impunément tués par milliers, blessés physiquement et psychologiquement. Faisant de la République Centrafricaine l’un des trois premiers pays au monde où la population connait une spirale sans fin de violences et vivant dans la détresse la plus déshumanisante.

 

C’est dans ce contexte que l’année 2019 s’achève dans un regain de compétitions politiciennes dont les motivations sont toujours et encore entièrement orientées vers l’accaparement d’une administration centrale réduite aux acquêts de la « République de Bangui » qui a définitivement abandonné la très grande majorité du territoire à la prédation et sa population sacrifiée dans le silence assourdissant de l’État qui semble avoir choisi son camp. Celui de collaborer par facilité et renoncement moral avec la force des armes et jamais avec les victimes réduites au silence par la fin imposée de la construction populaire de la paix adoptée en mai 2014, qui leur a rendu la parole afin que leurs voix comptent dorénavant, en permanence, dans les perspectives de relèvement national, de son développement avant et après le retour à l’ordre constitutionnel.

 

Le Forum National de Bangui achevé avant le retour à la pleine légalité constitutionnelle en mars 2016 et la Commission Vérité-justice-Réparation-Réconciliation (CVJRR) dont la mission visionnaire est de permettre au peuple Centrafricain de poser lui-même le diagnostic souverain, indépendant et impartial de son pays, dans le but de dégager la vision, les perspectives et piliers de la REFONDATION NATIONALE, est renvoyée depuis mai 2015 fin du Forum National de Bangui aux calendes grecques, avec le risque depuis les termes de l’accord de Khartoum début 2019 de confier cette démarche populaire souveraine aux groupes armés et aux politiques qui concentrent à eux seuls tous les espaces d’expression démocratique au détriment des droits élémentaires des citoyens qui restent eux dans l’abandon la plus totale. Faire des parties au conflit des juges de l’histoire mal écrite et de l’avenir confisqué de la Nation est un péril dangereux que la mémoire nationale retiendra.

 

En effet, depuis la transition, tous les processus de construction de la Paix, n’ont jamais  impliqué toutes les parties prenantes du conflit en cours malgré leurs cris inaudibles pour y participer, laissant toujours survivre, et en suspens, des zones d’ombre au risque de déterrer à tout moment la hache de guerre qui menace ainsi en permanence et encore le destin national, ainsi piégé.

 

C’est encore dans ce contexte que les anciens Présidents François BOZIZÉ YANGOUVONDA et Michel DJOTODIA Am-Nondokro tenus à l’écart contre tout bon sens, et vivant jusque-là en exil entendent revenir avec force au-devant de la scène publique et politique,  dans une période pré-électorale, pour abonder au destin national bien mal en point, prenant ainsi de vitesse la logique des cache-cache et mauvaise foi impunie, érigée en leadership d’impasse inconséquente.

Les dizaines de vies injustement fauchées dont beaucoup d’adolescents au destin brisé au KM5 viennent rappeler la fragilité structurelle de la RCA depuis sa capitale Bangui. Leur sort et ceux des autres à travers le pays appelle notre conscience.

 

La population a besoin de paix pour se reconstruire et éloigner le spectre de la confrontation annoncée, lorsque des agressions ciblées ont déjà fait leur retour notamment à l’occasion de l’incendie criminel et condamnable du domicile d’une femme leader politique. Rappelant que la population a déjà consenti des sacrifices inestimables, acceptant au moins de 8 accords politiques depuis 2013, lesquels sont sans cesse bafoués, avec pour conséquences : la persistance du blocus durable du territoire et des pillages qui en résultent, la confiscation de la liberté de circulation du Peuple Centrafricain, de sa liberté économique et de la grande pauvreté généralisée sur fond de mortalité aggravée, battant tous les records d’homicides par armes à feu, incendies volontaires, absence d’accès aux soins et services sociaux de bases, détresses multiformes.     

 

L’Académie de la Paix en appelle à tout le Peuple Centrafricain, après cette décennie perdue, à se saisir et s’approprier son destin qui commence et passe par l’unique chemin de la Paix des braves, à travers l’activation urgente de la Commission Vérité-justice-Réparation-Réconciliation (CVJRR) inter et intra-centrafricain sans pression extérieure aucune.

 

Cette instance est l’unique lieu d’expression démocratique propice à la VÉRITÉ dans l’Unité, au PARDON dans la Cohésion sociale et à la REFONDATION NATIONALE chemin de transformation d’avenir par le Travail afin que le pays retrouve enfin, demain, pour tous, et en particulier pour la jeunesse abandonnée, la Dignité perdue durablement. Une façon digne et responsable de redonner corps, contenu et mémoire agissante aux valeurs socles léguées par le Père fondateur Barthélémy BOGANDA.

 

L’année 2020 nous inscrira inéluctablement dans une décennie à multiples enjeux pour le destin des citoyens, des familles, des territoires et de la Nation Centrafricaine toute entière, au cœur d’une Afrique qui souffre certes, mais aussi et déjà en mutation profonde, en quête de renouveau où les peuples font entendre leurs droits et voix partout sur le continent et en particulier les femmes et les jeunes qui recherchent activement la paix et le développement harmonieux.

 

Que 2020, année décennale soit pour chaque Centrafricain, une occasion de choix d’une décennie de Paix portée par Tous et pour Tous sans oublier personne cette fois-ci. La sagesse le recommande.

 

Bonne et heureuse année 2020 pour construire la République Centrafricaine, en faire ensemble un pays de paix en toute responsabilité civique et engagement patriotique pour l’avenir commun.  

 

Nous pouvons souhaiter une bonne année en langue nationale officielle : nzoni fini ngou na Ködörö séssé ti Bêafrîka. Et proposer un slogan de construction inclusive de la paix : ZO KWE ZO NA YA TI SIRIRI, NGA NA MAÏNGO KÖDRÖ.

 

 

 

Bangui 01 janvier 2020

Madame Antoinette MONTAIGNE, Présidente

Ancienne Ministre de la Réconciliation Nationale

© ACADEMIE DE LA PAIX ET DU DEVELOPPEMENT DURABLE - HÎNGA NDO - 2019

Association loi 1961 N°1808/MISPAT/DIRCAB/DGATD/DAPA/SASE - Bangui - République Centrafricaine.

  • w-facebook
  • Twitter Clean
  • w-youtube